Durant les quatre dernières décennies, des efforts considérables ont été réalisés par de nombreux pays africains pour améliorer la qualité de vie des populations les plus défavorisées. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), adoptés lors du Sommet du Millénaire organisé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) en Septembre 2000, constituent toujours les cibles que la communauté internationale s'est donnée en vue de réduire de moitié la pauvreté dans le monde et d'améliorer la situation des plus démunis d'ici la fameuse l’an 2015, qui pointe à l’horizon.

 Depuis l’An 2000, les stratégies de mise en œuvre des OMD ont évolué. À partir de cette initiative, il y a eu successivement de la part de l’ONU, l’organisation de la campagne du Millénaire en 2002 ; le projet du Millénaire ; le Sommet du Millénaire; la Réunion de haut niveau sur la réalisation des OMD en septembre 2008, le Sommet des Nations Unies de 2010 sur les OMD, la rencontre du Groupe de réflexion sur le retard pris dans la réalisation des OMD de 2012, sans perdre de vue plusieurs initiatives d’autres organisations des Nations Unies (FAO, FMI, BM, PNUD, FIDA, FNUAP, OMS, etc.).

À titre d’illustration, le Rapport de Suivi Mondial (RSM) sur les OMD publié en juin 2004 sous les auspices du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM), montrait à cette période, que la grande majorité des pays concernés n'atteindraient pas la plupart des OMD. Certes, des progrès auraient été enregistrés, mais de manière inégale et trop lente.  Le premier objectif, consistant à réduire de moitié la pauvreté entre 1990 et 2015, serait sans doute atteint au niveau mondial, mais l'Afrique subsaharienne resterait loin du compte en ce qui concerne des objectifs d'ordre sanitaire et environnemental comme la mortalité maternelle et infantile, l’accès à l'eau potable et aux installations d'assainissement de base.

Le Sommet de 2010 sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement a donné lieu à un « Plan d’Action Mondial  sur les OMD» qui annonce plusieurs initiatives à mener pour contrer la pauvreté, la faim et diverses maladies, dans le but d’améliorer les conditions de vie des populations. 78 résolutions ont été adoptées lors de ce sommet, comprenant celles se rapportant directement aux huit OMD.

Dans le lot de ces résolutions, l’atteinte du Premier OMD «Éliminer l’extrême pauvreté et la faim » est primordiale, puisque non seulement, il influence l’atteinte des autres objectifs, mais il est également l’un des plus importants pour plusieurs pays africains. Pour y parvenir, il va falloir trouver de bonnes stratégies, des moyens techniques et financiers pour améliorer l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement de base, à la nourriture, aux sources d’énergie abordable et durable, à la connaissance et à l’expertise, aux logements adéquats, à la santé, etc.

Dans la résolution 44, il est mentionné  ceci : « Nous nous engageons à redoubler d’efforts pour réduire la mortalité maternelle et celle des enfants de moins de cinq ans et améliorer la santé de la femme et de l’enfant, notamment grâce au renforcement des systèmes nationaux de santé, à la lutte contre le VIH/sida, à l’amélioration de la nutrition et à l’élargissement de l’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement de base, nous appuyant pour ce faire sur des partenariats mondiaux renforcés. Nous soulignons qu’il importe d’accélérer la réalisation des objectifs du Millénaire relatifs à la santé si nous voulons progresser aussi au regard des autres objectifs ».

Dans la résolution 46, il est écrit : « Nous soulignons qu’il importe de résoudre les problèmes relatifs à l’énergie, notamment l’accès à des sources d’énergie d’un coût abordable, le rendement énergétique et l’éco-viabilité des sources d’énergie et l’utilisation rationnelle de l’énergie, dans le cadre de l’action entreprise à l’échelle mondiale pour atteindre les objectifs du Millénaire et promouvoir le développement durable ».

Plusieurs autres résolutions provenant de ce Plan d’Action sur les OMD, de même que les initiatives issues d’autres centaines d’organisations nationales, régionales et internationales concernent des nouvelles approches, stratégies, mécanismes et politiques pour permettre d’améliorer tout ce qui se réalise dans l’espace et dans le temps dans les secteurs clés comme l’eau, l’agriculture, l’énergie, la santé et l’habitation. Elles touchent également l’acquisition de la connaissance, le renforcement des capacités humaines et institutionnelles, la recherche scientifique, la Recherche et Développement (RDD), etc. Il faut également considérer toutes les initiatives prônant l’augmentation des investissements dans l’agriculture, le développement rural ; la mise en place par les gouvernements des pays africains des programmes nationaux pour la sécurité alimentaire axés sur les petits agriculteurs, l’accès à l’eau potable par des techniques simples et pratiques, etc.

Cependant, malgré des progrès constatés dans les pays visés à travers le monde, en 2013, plus de 300 Millions d’africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable, aux services d’assainissement. Les maladies hydriques (diarrhée, fièvre typhoïde, dracunculose, paludisme, bilharziose, filariose lymphatique, onchocercose, etc.) continuent de tuer plusieurs milliers de personnes chaque jour. Celles-ci deviennent aussi difficiles à combattre une fois qu’elles sont largement répandues. Selon l’organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 50% de l’ensemble des africains souffrent ou souffriront d’une des six principales maladies d’origine hydrique. Dans le cas de la Malaria, par exemple, l’OMS et Croix-Rouge Canada soutiennent que chaque année environ un million d’enfants meurent de la Malaria en Afrique subsaharienne. Le paludisme continue d’entraîner des répercussions sur les économies des pays en Afrique, puisqu’il entraîne de pertes de productivité et met les systèmes de santé à rude épreuve. D’après les spécialistes de la question, une fois la malaria éradiquée, l’économie de plusieurs pays africains devrait s’améliorer au lieu de stagner. Il est bien connu que cette situation compromet gravement le développement socio-économique du continent. L’accès à la nourriture et à l’énergie est aussi problématique et les statistiques vont dans le même sens.

L’ensemble de cette situation est donc inacceptable, puisque l’eau, le potentiel agricole et les sources d’énergie y compris les moyens humains, financiers, techniques et technologiques pour leurs mobilisations sont aujourd’hui connus et disponibles. Le constat est aujourd’hui bien reconnu par plusieurs experts,  spécialistes et praticiens, il y a tout simplement un manque de volonté politique d’agir de la part des décideurs. Il faut trouver des mécanismes et stratégies qui permettraient de changer la dynamique actuelle.

La problématique se pose donc en termes de conflits relatifs à l’accès et la gestion durable des ressources naturelles; d’efficacité dans la mobilisation de l’eau pour des usages essentiels, l’eau de consommation humaine, l’utilisation de l’eau en agriculture; la productivité des sols versus la dégradation des terres; la gestion durable des forêts versus la déforestation et les pratiques agricoles sur brulis; les pratiques d’aquaculture et de la pêche continentale; les systèmes d’élevage et de cultures intégrés; la gestion des pesticides et la gestion des bassins versants; le surpâturage, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, l'appauvrissement des ressources génétiques et de la diversité biologique, etc.

Des questions plus pratiques sont également posées dans le cadre de la tenue de cette conférence internationale, notamment, l’utilisation des eaux souterraines dans l’approvisionnement en eau potable des villages et villes- Quels types d’infrastructures donneraient une utilisation optimale ? Quels types de management de l’eau ou d’électricité à implanter ? Comment atténuer le retard persistant dans le domaine de l'assainissement des eaux usées ?  Comment juguler la lourde charge imposée aux femmes et aux jeunes filles par la corvée du transport de l'eau, lorsque l'approvisionnement est difficile ; la question de transfert des technologies disponibles pour la production d’eau potable, dans les pratiques agricoles, voire de l’agro-industrie, puisqu’il faut réduire les quantités d’eau prélevées pour l’irrigation; et à juste titre, comment faire profiter les populations locales de gains issus des agro-industries qui envahiront de plus en plus les terres arables africaines, avec la présence des multinationales et d’autres acheteurs venant des pays émergents, etc.

En gros, la problématique de l’eau devrait être abordée de manière intégrée. Il serait donc important de rationaliser l’utilisation de l’eau destinée à l’agriculture, consommant jusqu’à 70% des prélèvements pour l’irrigation, dans le but de disposer plus d’eau pour d’autres usages, notamment l’eau potable pour la consommation humaine; faire un bon usage de l’eau pour l’industrie, avec moins de pollution, mieux utiliser le potentiel hydroélectrique de certains cours d’eau.  L’eau est un besoin vital pour l’agriculture, le développement rural et l’industrie. Sans elle la sécurité alimentaire, la santé des populations sont impensables.

L’une de façons de présenter la problématique d’ensemble de la 2e Conférence Internationale d’Eau-Afrique serait celle-ci ?

En considérant le problème, comme un écart fortement ressenti qui justifie un travail de recherche, de mise au point ou de mise à niveau, ou un manque à gagner par les moyens autorisés, ou un vide à combler par un effort sans relâche, une différence à aplanir par des actions concrètes, ou encore, une divergence qu’il y a et qu’on doit éliminer, entre une situation actuelle [indésirable sur tous les plans] et une situation désirée, le génie humain consiste à entreprendre des actions [les travaux de recherche, les échanges de connaissances, des expertises ou autres] pour réduire cet écart gênant [l’ignorance] qui le sépare du précieux trésor qu’est le savoir ; pour combler ses lacunes, le vide qu’il y a dans sa tête et dont il souffre, et qui le tient loin de la connaissance du réel : KNOWLEDGE IS LIGHT.

 Cette deuxième conférence d’Eau-Afrique pose alors le problème suivant : Quels  mécanismes institutionnels, de gouvernance politique et économique de l’eau ?  et, de gestion des ressources hydriques ? Quelles techniques et technologies ? Quelles  approches scientifiques ? Quels mécanismes d’interventions sur le terrain, Quelles expertises ? sont à développer et à utiliser, pour que, durant les au moins les 25 prochaines années, l’eau soit vraiment au centre du développement durable en milieu rural, périurbain et urbain, en ce qui a trait (i) à la promotion de la santé (eau potable, réduction des risques sanitaires liés à l'eau en termes de maladies et d'hygiène du milieu), (ii) au développement agricole et à l'autosuffisance alimentaire (irrigation, agriculture périurbaine, maraîchage), (iii) à l'utilisation efficace des ressources en eau pour la production d'hydroélectricité, la production industrielle, le transport, le maintien de la biodiversité, (iv) au changement climatique, (v) au rôle de la femme et de la jeune fille dans l’approvisionnement d’eau, (VI) au droit d’accès à l’eau.

Est-il alors nécessaire de recourir à une nouvelle dynamique concernant la gestion des ressources en eau ? Quelles sont les nouvelles connaissances nécessaires à développer dans les usages prioritaires du secteur de l’eau ? Comment valoriser et pérenniser les résultats de la recherche scientifique ? Comment mettre en place des stratégies de collaboration efficaces Nord-Sud et Sud-Sud pour solutionner les problèmes posés ? Comment outiller les bénéficiaires, surtout de la base, pour que ceux-ci deviennent autonomes et aptes à mettre en œuvre leurs propres initiatives en matière d’eau ? Comment transférer le savoir-faire développé dans une zone d’intervention vers un plus grand espace géographique ? Voilà quelques unes des questions auxquelles tentera de répondre cette 2e conférence internationale d’Eau-Afrique.

Objectifs poursuivis

Quatre principaux objectifs sont poursuivis dans le cadre de cette 2e conférence internationale :

 (1)Sensibiliser les instances décisionnelles, les milieux de la Recherche & Développement, diverses structures publiques et privées spécialisées, les organisations de développement international, la société civile en Afrique et dans les pays donateurs sur la nécessité de développer et d’utiliser de nouveaux mécanismes institutionnels, de gouvernance et de gestion, de nouvelles technologies, de nouvelles approches scientifiques, de nouveaux mécanismes d’interventions sur le terrain, adaptés au contexte africain, pour que, pour au moins les 25 prochaines années, l’eau soit vraiment au centre du développement durable en Afrique, afin de répondre au mieux aux besoins des populations, en matière d’eau potable, de services d’assainissement ; de disponibilité de nourritures et d’énergie.

 (2)Montrer comment une nouvelle dynamique peut améliorer l’efficacité des interventions, notamment la pertinence des échanges de connaissances, de savoir-faire, d’expériences, d’expertises  Nord-Sud et Sud-Sud dédiées au développement durable dans les domaines visés.

 (3)Montrer comment, sur la base de quelques modèles de projets concrets réalisés sur le terrain, que l’on est capable de mettre les approches scientifiques, les approches pratiques et le savoir-faire endogène au service des populations dans le cadre de l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le Développement.

 (4) Parmi tant d’initiatives, prenons celle, parce qu’elle bonne, prometteuse. Quelle nouvelle dynamique et quel Bilan dans le cadre de la réalisation du Plan d’Action pour l’Afrique de l’UA/NEPAD 2010-2015 : Promouvoir l’intégration Régionale et Continentale en Afrique.